Sixième étape : Bangui, Kisangani, Bunia , 6h40 de vol

Nous avons décidé de partir, bien que le plafond soit très bas. 300 pieds environ, la météo est formelle : au-dessus c’est bon. Un avion d’Air Afrique nous le confirme, et en patrouille serrée les deux étudiants (…) traversent la couche de nuages. Tout de suite, c’est bon et la météo ne va qu’en s’améliorant au fur et à mesure que nous avançons. Nous faisons connaissance avec la forêt équatoriale où pendant des heures pas la moindre clairière ou la moindre piste n’apparaît. Nous rejoignons le Congo dont nous remontons un fleuve vraiment impressionnant jusqu’à Kisangani. Détail amusant, nous entendons à la radio un avion d’air Zaïre demandant la police, car il y a un resquilleur à son bord.

Nous nous posons. Pendant que je fais les pleins, Fouquet essaye d’obtenir l’autorisation de poursuivre jusqu’à Bouinia, à quatre heures de vol de là. Il fait beau et c’est toujours autant de gagné. La Zambie nous ayant refusé trois fois son survol, il ne nous reste comme voie possible que le Kenya. Cela écarte d’emblée le survol et les escales en Angola. Je me fais rouler sur le change entre le Zaïre et le dollar… Il y a eu une dévaluation récente dont nous ne sommes pas au courant. Près de cent dollars sont ainsi aisément gagnés par le pompiste. Le rusé m’a fait une note en Zaïre alors que je paie en dollars !

La rivière près de Kisangani

Fouquet revient avec le plan de vol pour Bunia, nous partons. La forêt vierge de nouveau, nous contournons un énorme cumulonimbus congestus… particulièrement dissuadant. Cela nous fait perdre beaucoup de temps et fait fondre notre marge de temps pour arriver de jour à destination. Ce qui devait arriver, arriva. Nous sommes « piégés » de justesse par la nuit qui tombe d’un seul coup comme elle sait si bien le faire à cette latitude. Le contrôle de Bunia fait la sourde oreille à tous nos appels. Depuis quelques temps déjà, j’ai mis plein pot et lâché Fouquet pour aller plus rapidement aux nouvelles.

Atterrissage et problème 

A l’altitude de sécurité donnée par la carte au 1/5 000 000 du coin (nous n’étions pas partis sans biscuits) je fais une arrivée sur le V.O.R. du terrain qui, je crois, n’aurait pas déplu à un « tonton maquette » du CEVSC (Centre d’entraînement au vol sans visibilié). Au top vertical balise je distingue une bande sombre qui doit être la piste et après un vent arrière (au fait d’où venait le vent ?) et un dernier virage qui ne doivent rien au « calcul K » (la chasse bordel…) Je découvre dans les phares une sympathique bande goudronnée qui du fait qu’il n’y a certainement pas d’autoroute dans le coin est certainement la piste. Effectivement après avoir roulé un bon moment la bande s’arrête. Je fais demi-tour et Fouquet, tout essoufflé, arrive dans le Régent distancé et s’aligne sur mes phares.

C’était ça ou Entebbe, avec pourtant encore cinq heures d’autonomie. Ici au moins on ne risque pas de survoler un terrain par inadvertance… Un roulage prudent (il n’y a aucun balisage ni lumière) nous emmène jusqu’au parking. Des sentinelles ahuries se dirigent vers nous ne sachant visiblement pas quelle attitude adopter. Après une heure d’attente au cours de laquelle les soldats, rassurés par notre attitude très pacifique, se découvrent des instincts de guerrier, arrive le commandant d’aérodrome suivi de peu par les policiers.

Après nous avoir demandé d’exhiber (sic) nos passeports, le policier de service déclare que nos visas de transit sont valables pour rentrer mais pas pour sortir du Zaïre (re-sic). A côté du policier, un homme est assis à un bureau où, sur un carton, est exposée sa raison sociale que je vous livre ici :  » commandant d’aéroport, citoyen Lampole-Lilenga, ingénieur technicien d’exploitation aéronautique « . Ce dernier nous accuse à son tour. Premièrement de nous être posés de nuit. Deuxièmement de ne pas avoir l’autorisation d’atterrir à Bunia. Troisièmement de l’avoir fait sans plan de vol. Enfin, quatrièmement, de nous être posés alors que le terrain était fermé… Sur ce, passeports et licences disparaissent dans les poches de ces messieurs.

Jugement

Nous montons tous les quatre dans un mini-bus Volkswagen, encadrés de deux soldats armés. Nous voilà partis pour une destination inconnue. Après une bonne demi-heure de pistes cahoteuses, nous nous arrêtons devant une bâtisse. Nos guides nous invitent à descendre. Nous pénétrons donc dans une grande salle, style salon de réception. Là, nous découvrons deux personnages assis dans de profonds fauteuils, semblant présider un tribunal dont les autres membres seraient nos accompagnateurs. Nous sommes invités à nous asseoir…

Après quelques minutes de silence, qui pourraient bien passer pour des minutes de réflexion, l’un d’entre eux (le colonel, avons-nous appris par la suite) invite le chef du terrain à exposer ses doléances. De fait, nous le découvrons vite. Nous sommes en train de vivre notre première palabre. Ensuite la parole est donnée au chef de la police. Ayant peut-être subodoré l’incongruité de sa première déclaration, il nous déclare en règle. Nous voilà rassérénés au moins sur un point.

Puis la parole nous est donnée : nous manifestons notre étonnement de nous sentir accusés de tant de méfaits. Si les plans de vol ne sont pas transmis, cela ne relève pas de notre compétence. En outre, nous ne sommes pas censés savoir que Kisangani n’était pas autorisé à nous donner une « clearance » sur Bunia. Le chef prend alors la décision de rendre compte à la Capitale, qui décidera…


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