Deuxième étape : Tunis, Constantine, Ghardaïa, 4h10 de vol

Le lendemain, le temps demeure trop orageux. Le contrôle ne nous autorise donc pas à partir. Nous en profitons ainsi pour remettre à jour nos autorisations de survol.

Nous faisons des rencontres inattendues et amusantes dans les couloirs du contrôle et de la Météo. Entre autres; nous persuadons une pilote professionnelle française que nous sommes là, employés par deux riches héritières, qui désirent voyager en Afrique. Après avoir longuement discuté des avantages et inconvénients du métier, elle a un fort haussement de sourcils,lorsque qu’elle découvre nos « deux riches » héritières assises à califourchon sur des chaises… très occupées par une partie de « morpion ». Force nous est de constater avec elle qu’il n’y a plus de jeunesse.

Enfin, c’est le feu vert, entre deux grains nous mettons le cap sur Constantine. Je goûte le calme de la position d’équipier en Tîara. Le pilote automatique branché, une fois la vitesse bien réglée, il n’y a plus rien à faire. Si ce n’est surveiller les paramètres moteur.

Nous découvrons tous les deux l’Algérie, région verdoyante jusqu’à Constantine, où nous nous posons. Là l’accueil, il faut bien le dire, est légèrement plus froid. Tous les papiers de l’avion nous sont demandés et doctement examinés. Je ne saurais trop conseiller à l’amateur de tourisme aérien en Algérie de ne rien oublier dans ce domaine, même le petit papier qui semble si anodin.

Pendant ce temps, une de nos navigatrices veut faire des photos du groupe. Cela attire aussitôt l’attention d’un policier soupçonneux car la chose est, paraît-il, interdite sur un aéroport. Nous avons pourtant du mal à le persuader de la pureté de nos intentions. Notre carte de crédit essence n’impressionne pas du tout le pompiste et force nous est faîte de payer en argent liquide. Trouver quelqu’un qui veuille bien changer nos devises en argent local n’est pas une mince affaire… Au contrôle aérien les gens sont plus ouverts à nos problèmes et n’hésitent pas à se démarquer de leurs collègues policiers ou douaniers. L’aviation semble être une grande famille…

Ghardaïa

Après avoir, en vain, cherché à nous restaurer au buffet d’Êtai, nous redécollons, cap sur Ghardaïa. Ainsi, nous survolons Biskra, où les courses de chevaux semblent très populaires, à en juger par l’attitude de la foule qui se presse autour de l’hippodrome. Sans transition, nous voici au-dessus du désert. Pour nous, c’est une première et ma foi le paysage est imposant. Nous quittons définitivement la navigation à vue pour la radio-navigation. Nous volons à 10 000 pieds et plus, ce qui présente donc trois avantages : D’abord, recevoir les balises de plus loin. Ensuite, jouir d’une relative fraîcheur et enfin, avoir le temps de choisir son terrain en cas d’ennui moteur. Le vol en patrouille nous assure qu’en cas d’ennui, la position sol serait connue très précisément par l’organisme sauveteur. Dix litres l’eau, et les rations de survie des dinghy, permettent une attente supportable.

Juste avant d’arriver à Ghardaïa, nous ne résistons pas à l’envie d’aller voir de près, encore plus près… les tentes des bédouins et les troupeaux de chèvres. Spectacle insolite, que de voir tous ces animaux, dans une nature apparemment si hostile. Quelques torchères aperçues de loin nous rappellent que cette région regorge de pétrole. L’accueil est très souriant, et ô surprise, derrière nous se posent deux Cessna en convoyage de Toulouse à M’Djamena. Dans l’un deux, je découvre mon ancien moniteur de vol à voile à Salon…

Ghardaïa-ville est une oasis magnifique qui comprend quatre villages bien distincts et de toute beauté. Un chauffeur de taxi, patiemment attendu, nous explique la région. Il nous exprime aussi son regret du « bon vieux temps »… Nous débarquons ainsi dans un splendide hôtel d’État, aménagé dans une ancienne caserne : un charme fou, une réussite inoubliable, qui n’est malheureusement pas complétée par un service à la hauteur.


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